Dispositifs, mthodes et techniques

pour stimuler et animer des processus cratifs

Bienvenue Capharnam

L'engouement qui s'est empar du thme de la crativit a favoris l'mergence d'ouvrages, de sites web, d'articles de presse, de quizz ou de gadgets, qui tous promettent la mthode infaillible pour booster la crativit individuelle ou collective.

Cette prolifration est probablement bnfique car elle contribue la promotion d'une crativit indispensable pour notre Rgion. Mais, revers de la mdaille, elle entretient une certaine confusion autour des notions et des pratiques qui, dans ce capharnam, se valent toutes qu'elles soient fondes ou pas sur une expertise ncessaire et reconnue.

Pour penser hors de la bote, il faut d'abord penser la bote

Paradoxalement, il faut les ides claires et la pense bien organise propos des moyens mettre en uvre, pour stimuler des phnomnes de pense latrale ou divergente, des processus de gnration d'ides originales, des interactions d'idation.

Pour penser "hors de la bote", il faut aussi tre capable de penser ce qu'est la bote ou ce qu'elle reprsente.

Pour dsigner et matriser les pratiques de la crativit collective, le service de Psychologie Sociale des Groupes et des Organisations (PSGO) de l'Universit de Lige a jug utile de les structurer autour de trois concepts : les dispositifs ; les mthodes ; les techniques et outils.

L'examen de la littrature scientifique ce propos tmoigne d'une forte lacune conceptuelle (Fustier[1], 1988; Aznar[2], 2005; Debois[3] et al., 2011; Peeters[4], 2009 et Delhez[5], 1999). Les mthodes et les outils relvent du monde des praticiens lesquels ne s'embarrassent gure d'tablir des distinctions smantiques pourtant ncessaires l'action. Certains vont mme jusqu' crire : "un truc qui sert deux fois est une mthode." (Fustier, op. cit. p.33)

Organiser un heureux dsordre

La crativit peut tre considre comme le fruit bnfique d'un heureux hasard auquel cas, il faut laisser faire les circonstances ou au mieux, multiplier les initiatives en esprant ainsi un peu forcer le sort, comme on achterait beaucoup de billets de loterie.

Les psychologues sociaux, professionnels de la crativit depuis un demi sicle, n'adoptent pas cette position. Ils entendent mettre en place les conditions ou les dispositions susceptibles de gnrer avec une probabilit plus importante ces phnomnes cratifs collectifs. Ainsi sont nes, les pratiques d'animation de groupes cratifs et leurs trop nombreux vocables : squentiel d'animation, mthodes, techniques, exercices structurs, cadres d'animation, coaching, supervision, etc.

Leur ide fondamentale et paradoxale est qu'il est possible d'organiser un peu, le dsordre cratif. La pratique leur a donn raison.

Dispositifs, mthodes et techniques

Un dispositif est lensemble des mesures et moyens mis en place, matriellement et symboliquement, pour que sengage et se dveloppe le processus psychique, relationnel, groupal qui pourra produire les effets dsirs: les rgles, le statut des acteurs, les rles et les comportements attendus, la composition du groupe, le programme, lutilisation de lespace, lhoraire, le cot sont les lments constitutifs dun dispositif. (Delhez, op.cit., p. 42).

Dans cet esprit, un Acclrateur de Rencontres Improbables, un Acclrateur de Rflexions Cratives ou une Charrette Crative sont des dispositifs qui reposent sur une connaissance approfondie de la dynamique des groupes d'une part, sur la dynamique des systmes institutionnels ou organisationnels d'autre part.

Une mthode par contre est constitue d'un ensemble de rgles d'organisation de la pense, des interactions et de l'action commune des membres d'un groupe, gnralement multidisciplinaire et temporaire, charg de rsoudre des problmes complexes ou non. Fonde gnralement sur l'observation et la pratique, une mthode est gnralement normative dans la mesure o elle prconise la mise en uvre de rgles de bonne pratique.

A ce titre, le Creative Problem Solving qui, malgr son grand ge, connat un engouement certain l'heure actuelle, est une mthode structure en tapes permettant la rsolution crative dun problme.

Les techniques sont alors des rgles et modes opratoires qui facilitent la mise en uvre, l'origine d'un outil ou d'une machine, par extension d'une mthode. Les outils sont des artefacts qui facilitent la transformation de la ralit par la mobilisation d'une technique.

Le brainstorming est une technique qui facilite, entre autres, la phase de gnration des ides, alors que les logiciels qui le prennent en charge sont des outils.

Les pages qui suivent sur ce site s'emploient dcrire des dispositifs, des mthodes et des techniques ainsi que leur conditions psychosociale et organisationnelle de mise en uvre. La distinction smantique qui prcde structure ces pages et en facilitent la comprhension.

Conclusion

L'usage disparate de techniques et d'outils ne fait ni l'artisan, ni le praticien. Il organise un dsordre qui n'est pas heureux pour le coup.

Comme dans toute pratique d'animation la conception d'un dispositif prvaut, les mthodes et outils n'tant que les moyens judicieux au service du dispositif.

Ce dispositif suppose pour tre bti que le praticien dispose d'une trs bonne connaissance de lui-mme, de ses rapports aux autres et son environnement, matrise parfaitement les objectifs et les finalits qu'il entend poursuivre, connaisse les dynamiques interactionnelles qui s'installe dans un groupe ou un collectif.

Faute de quoi, selon l'adage tant ressass lors de l'introduction de la Qualit Totale : "Quand on n'a qu'un marteau, tous les problmes ont la forme d'un clou".


[1] Fustier Michel et Bernadette Fustier, 1988, Pratique de la crativit, 5me dition, Ed. ESF, Paris.

[2] Aznar Guy, 2005, Ides. 100 techniques de crativit pour les produire et les grer. Ed. dOrganisation, Paris.

[3] Debois Franois, Groff Arnaud, Chenevier Emmanuel, 2011, La boite outils de la crativit, Ed. Dunod, Paris.

[4] Peeters Luc, 2009, Mthodes pour enseigner et apprendre en groupe, 2me dition, Ed. De Boeck, Bruxelles.

[5] Delhez Robert, 1999, Rflexion sur une pratique de lanimation de groupes, In Les cahiers internationaux de psychologie sociale, n 43-44, pp. 35-184